Grand Tétras

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Présentation

Le Grand Tétras (Tetrao urogallus) est une espèce appartenant aux Galliformes, ordre contenant 299 espèces telles que le faisan, le lagopède alpin ou encore la gélinotte. Le Grand tétras est le plus Grand des galliformes européens. Il s’agit d’une espèce eurasiatique qui occupe une vaste aire de distribution.

 

Le Grand Tétras est une espèce marquée par un fort dimorphisme sexuel, de par la taille et le poids mais aussi de par la coloration du plumage. Le mâle appelé "coq" peut peser de 2,5 à 5 kilos, avec une longueur totale du corps de 80 à 110 cm. La femelle aussi appelée "poule" pèse de 1,5 à 2,5 kilos, et mesurer de 50 à 70 cm.

Il existe 9 sous espèces de Grand Tétras dans le paléarctique, dont deux sont présentes en France :

 

Tetrao urogallus aquitanicus localisée uniquement dans les Pyrénées, et Tetrao urogallus major que l'on retrouve dans le massif Vosgien ainsi que dans le Jura tandis que dans les Cévennes où l’espèce avait disparue au XIXième siècle, un mélange des deux sous espèces a été réintroduit à partir de 1978 (Nappée, 1984).


 

Habitats

Le Grand tétras est caractéristique des stades ultimes des successions forestières. Les préconisations de gestion de son habitat dépendent donc fortement de cette caractéristique (ROLSTAD & WEGGE, 1989).

Le Grand tétras occupe préférentiellement les peuplements dont l’âge d’exploitabilité est élevé, supérieur à 120 ans dans les Vosges (Ménoni et al., 1999).

 

En France, le Grand tétras vit entre (actualiser depuis disparition de Rambervillers) et 1200 m d’altitude dans les Vosges, 800 et 1400 m dans le Jura, 600 et 2400 m dans les Pyrénées. Typiquement forestier, il affectionne particulièrement les forêts claires et âgées de conifères, pures ou mêlées d’essences feuillues et parfois de genévriers. On le rencontre aussi dans des hêtraies pures, hêtraies-sapinières ou sapinières pures - toutes claires et âgées.

 

Dans les Pyrénées, il est présent au niveau de l’étage subalpin et les habitats utilisés sont très diversifiés, du fait des influences atlantique et méditerranéenne, en fréquentant non seulement les habitats précités, mais aussi les chênaies (chêne sessile) et pinèdes (pin à crochet, pin sylvestre) sur myrtille ou rhododendron et herbacées, des bétulaies à sorbier ainsi que les landes subalpines à myrtille, rhododendron et genévriers.

Dans le Jura, il est présent dans les forêts de conifères âgées de haute futaie qui présentent les grandes caractéristiques des forêts nordiques (conifères, forêt claire).

 

Le prébois jurassien se compose d’une fine mosaïque de parcelles fermées et de micro-clairières. Dans les Vosges, l’espèce fréquente les vieilles futaies claires de conifères (50 à 70 % de sapins ou de pins), avec un tapis dense de myrtilles et la présence de GB et TGB en proportion suffisante.(50% mini). Toutes les forêts habitées par l’espèce présentent les mêmes caractéristiques.

 

Elles s’étendent sur de vastes superficies (plusieurs milliers d’hectares) peu fragmentées, dont la structure de végétation est très diversifiée verticalement et horizontalement, avec un mélange d’arbres de différentes tailles (structure irrégulière) et un riche sous-étage arbustif (éricacées) (MENONI, 1991).

 

Le recouvrement de la strate arborescente n’y dépasse pas 60 à 70% en moyenne avec de nombreux espaces ouverts où se développe une strate herbacée riche et dense. Elles comportent un étage buissonnant dominé par la myrtille, réparti par taches sur au moins 30% de la surface, et d’une hauteur minimale de 30 cm (Storch, 1995a).


 

Menaces

Au niveau mondial, le Grand Tétras est classé dans la catégorie « préoccupation mineure » par l’UICN. En Europe l’espèce est en déclin dans de nombreuses régions (figure 3) notamment en Europe de l’ouest et du centre où des extinctions de populations se sont produites depuis le XIXième siècle. En France, la sous-espèce Tetrao urogallus major est considérée en danger par l’UICN tandis que la sous-espèce aquitanicus est considérée comme vulnérable.

 

La perte, la fragmentation et la dégradation des habitats sont considérées comme les causes majeures de la diminution des effectifs de Grand Tétras sur l’ensemble de son aire de distribution (Storch, 2007 ; Leclercq & Ménoni, 1999).

 

Différents types de modification de son habitat peuvent constituer des menaces pour le Grand tétras, que ce soit à l’échelle du peuplement forestier (changements de la structure de son milieu) ou à l’échelle du paysage (Landmann, 1983 ; Leclercq, 1987 ; Klaus et al., 1989 ; Rolstad & Wegge, 1989 ; Rolstad, 1991 ; Labigand & Munier , 1989) :

  • Rajeunissement des peuplements autrefois favorables au Grand tétras ;

  • Fermeture du peuplement avec étouffement du sous-bois : liée au déclin du pâturage en forêt et à l’évolution des pratiques sylvicoles (plantations à forte densité dans les Pyrénées, abandon de l’exploitation des taillis de hêtres dans le Jura ; LeclercQ, 1987) ;

  • Diminution de la strate sous-arbustive (plantes herbacées et ligneuses dont la myrtille en particulier sur sol acide) et donc de la diminution de la ressource alimentaire et du couvert protecteur, liée localement à des surdensités de cerf, ou à des pratiques de gyrobroyage ou d’écobuage. Le pâturage par les grands herbivores (sauvages ou domestiques), à des densités plus faibles, est cependant favorable en freinant la fermeture du milieu par la strate arbustive, en particulier sur sols riches ;- coupes à blanc suivies de plantations monospécifiques d’essences de substitution (épicéa, douglas…), comme cela a été le cas dans certains secteurs des Vosges ;

  • Gestion en futaie régulière par grandes parcelles : seul le stade des coupes de régénération, avant la coupe définitive, peut constituer un habitat favorable au Grand tétras ;

  • Implantation des domaines skiables (routes d’accès, bâtiments, pistes, remontées mécaniques, dispositifs de déclenchement des avalanches) dans les habitats favorables au Grand tétras.

Ces diverses modifications de l’habitat ont pour conséquences de morceler les populations et de les isoler (Rolstad & Wegge, 1989 ; Rolstad, 1991 ; Ménoni et al., 1997 ; Storch, 1997), situation d’autant plus préjudiciable que les effectifs de l’espèce sont faibles.

 

Les petites populations (inférieures à 100 individus) présentent alors une forte probabilité d’extinction du fait d’évènements aléatoires ou de perte de variabilité génétique.

Par ailleurs, dans ce contexte, la sensibilité de l’espèce à la prédation devient un facteur aggravant.

 

Par exemple, l’augmentation des effectifs de sanglier dans les forêts de montagne est devenue une cause non négligeable de prédation sur les nids des gallinacés forestiers (Klaus & Bergmann, 1994 ; Saniga, 2002).

Dérangement

Le dérangement par les activités touristiques et de loisirs, en particulier en période hivernale et printanière, est considéré comme une seconde cause sérieuse de diminution des effectifs de Grand tétras (Storch, 2007 ; Leclercq & Ménoni, 1999).

 

L’ouverture de nouveaux accès touristiques, pastoraux ou forestiers, permet aux personnes (promeneurs à pied, en VTT ou en raquettes à neige, chasseurs, etc…) de s’aventurer dans des lieux auparavant peu fréquentés.

 

Le dérangement occasionné par la chasse photographique mal pratiquée ou excessive, sur les places de chant constitue également une menace importante.

 

Braconnage

Le braconnage est également à signaler, notamment car la vente de trophée est lucrative. Lors de la chasse d’autres espèces en automne et début d’hiver, le tir illégal de coqs et de poules est une pratique localement courante dans les Pyrénées (MÉNONI, 1994 ; NOVOA, comm. pers.), ce qui a une influence néfaste sur les populations concernées.

 

Chasse

La chasse peut localement avoir un impact direct sur le déclin du Grand tétras (Ménoni, 2003), mais aussi indirect quand elle abaisse l’effectif à un niveau bas qui augmente sa sensibilité à d’autres menaces.

 

La chasse des mâles dominants, davantage recherchés par les chasseurs pour les trophées, peut être à l’origine d’une désorganisation dans la reproduction du Grand tétras, et d’une baisse de la survie des adultes.

 

La comparaison des densités entre le Haut-Pallars (Catalogne) avec la région Capcir-Cerdagne et le Luchonnais (Haute-Garonne) faisait apparaître des différences entre le versant français (entre 2,9 et 3,2 coqs/100 hectares) et le versant espagnol (9 coqs/100 hectares) où l’espèce est totalement protégée (ONC, 1989). Il n’est cependant pas certain que le statut de l’espèce dans ces deux territoires soit seul à l’origine de ces différences de densité.

 

Même lorsqu’elle ne s’exerce pas directement sur le Grand tétras, la chasse (et plus particulièrement en battue) occasionne des dérangements importants.

Autres menaces

D’autres menaces peuvent également avoir un impact sur le Grand tétras :

 

- la mise en place de clôtures et grillages forestiers (pour la protection de la régénération de parcelles, notamment en futaie régulière), les câbles de débardage ou de remontées mécaniques ainsi que certaines lignes électriques peuvent provoquer la mort de certains individus par collision en vol ;

 

- localement, la fermeture des pâturages sur les piémonts pyrénéens conduit à une montée précoce des troupeaux ovins en altitude, dans les zones de reproduction du Grand tétras où leur passage peut provoquer un piétinement des nids.


 

Mesures de protection

Les actions conduites pour sauvegarder l’espèce sont tournées principalement vers la restauration des habitats forestiers en lien avec les gestionnaires d’espaces naturels.

 

Depuis plusieurs années, le GTV, en lien avec l’Office National des Forêts, conduits des actions de restauration des habitats forestiers que ce soit au travers des travaux de gestion courante (martelage) ou lors d’intervention spécifique.

Des mesures concernant la quiétude sont également nécessaires, notamment au travers du respect des réglementations en vigueur. La mise en place de zonages spécifiques (Arrêtés préfectoraux de protection de biotope, réserves naturelles et réserves biologiques) ont permis également pendant un temps de maintenir les populations mais semblent aujourd’hui insuffisants pour enrayer le déclin de l’espèce.

Poule Tetras Blanche

Tetras